
L'industrie mondiale de la parfumerie reste dynamique malgré le contexte macroéconomique et le ralentissement de la consommation. Les grands groupes progressent à des rythmes différents : croissance solide pour Puig et Amouage, plus modérée pour L'Oréal, ajustements chez Coty et reprise progressive chez Estée Lauder.
Nous analysons également l'avenir des parfums à travers la génération Z et les nouvelles interfaces olfactives.
Coty réagit sous pression
Coty a entamé son exercice fiscal 2026 avec un chiffre d'affaires de 1,58 milliard de dollars (-6%). La division Prestige a mieux résisté (-4%), portée par Burberry, Boss et Gucci Beauty, dans un contexte marqué par la future perte de la licence Gucci en 2028 (qui passera à L'Oréal à la suite de l'accord avec Kering).
L'entreprise, qui prévoit de renouer avec la croissance au second semestre, prépare des nouveautés pour Etro, Swarovski et Marni, ainsi que le relancement de Marc Jacobs Beauty.
Elle a également présenté Jawhara, une nouvelle marque inspirée du Moyen-Orient avec cinq eaux de parfums unisexes à base d'oud, de rose et de vanille.

Puig maintient une croissance solide
Puig a réalisé 3,596 milliards d'euros de chiffre d'affaires au cours des neuf premiers mois de 2025 (+7%). Sa division parfums représente 73% de l'activité. Bien que la croissance se soit modérée au troisième trimestre, l'entreprise maintient des prévisions positives grâce à des lancements stratégiques tels que La Bomba de Carolina Herrera et les nouvelles collections de Byredo et Penhaligon's. L'Asie-Pacifique demeure un moteur essentiel, avec des hausses dépassant 19%.
L'Oréal accélère progressivement
L'Oréal a généré 32,807 milliards d'euros de chiffre d'affaires au cours des neuf premiers mois (+3,4%). Le segment du luxe a progressé de 2,2%, principalement grâce à Prada, Miu Miu, YSL et Aesop. L'entreprise regagne en dynamisme aux États-Unis et en Chine, des marchés clés pour la catégorie premium. Son alliance avec Kering – qui inclut Creed et prochainement les licences Gucci, Balenciaga et Bottega Veneta – renforce son leadership mondial dans la parfumerie de prestige et accélère son entrée dans la niche.
Estée Lauder renoue avec la croissance
Estée Lauder a renoué avec la croissance au premier trimestre fiscal 2026 (+4%), les parfums étant la catégorie la plus dynamique (+13%). Tom Ford Beauty, Le Labo, Jo Malone London et Kilian Paris mènent la reprise dans un contexte de restructuration interne. La création de La Maison des Parfums à Paris, son nouveau laboratoire mondial d'innovation olfactive, confirme une stratégie axée sur un segment qui compense la faiblesse du maquillage et des soins capillaires.

Amouage établit un record historique
Amouage dépasse les 300 millions de dollars de chiffre d'affaires (+73%), porté par les collections Extraits Exceptionnels, Guidance et Odyssée. La croissance régionale est remarquable : +96% au Moyen-Orient, +71% en Europe et +61% dans les Amériques. Le travel retail (+83%) et les boutiques (+59%) consolident une expansion qui se poursuivra en 2026, avec des ouvertures prévues aux Etats-Unis, en Arabie Saoudite et en Europe.
La pression exercée par Coty à la suite de la perte de Gucci se traduit par une expansion stratégique du portefeuille, avec Jawhara comme nouveau projet clé.

La génération Z et le nouveau pouvoir du parfum
Le parfum est devenu symbole culturel pour la génération Z. Selon le Boston Consulting Group, les adolescents représentent désormais 10% des dépenses beauté aux États-Unis, les catégories soins et parfums étant les plus dynamiques. Leurs dépenses augmentent de 23% d'une année sur l'autre, contre 9% pour le marché global. À 13 ans, 75% utilisent des produits parfumés, et 60% des garçons préfèrent des fragrances haut de gamme (contre 25% des filles).
TikTok alimente cette fièvre olfactive avec des tendances comme #Smellmaxxing. Les données de Circana montrent que 83% de la génération Z utilise des parfums, devant la génération X (79%) et les baby-boomers (69%). Les dépenses masculines sont 26% plus élevées. En Europe, la catégorie progresse de 15%, portée par les 18-34 ans.
Les jeunes découvrent les parfums grâce à des créateurs qui rendent certains produits viraux jusqu'à épuisement des stocks, décuplant l'intérêt pour les marques de niche et les éditions exclusives. Pour cette génération, un seul parfum ne suffit pas : ils recherchent une garde-robe olfactive capable d'exprimer leur identité et de s'adapter à chaque moment.
Selon Circana, 83% des membres de la génération Z utilisent des parfums.

Interfaces olfactives : l'avenir se rapproche
Sentir à travers un écran ? De nouvelles interfaces olfactives – des diffuseurs intégrés à des appareils numériques – commencent à rendre cela possible.
Ces technologies permettront aux parfums de jouer un rôle central dans les expériences numériques : événements immersifs, dégustations en ligne, retail interactif ou contenus multimédias. Des entreprises comme Olorama (Espagne), Osmo (États-Unis) et Aromajoin (Japon) ouvrent la voie en traduisant le langage chimique des odeurs dans l'environnement numérique.
Le potentiel est énorme : accessibilité mondiale, connexion émotionnelle renforcée et expériences multi-sensorielles plus ludiques d'un simple clic.